Covid-19: l’Afrique, cobaye consentant de l’Europe

Au milieu de sa démonstration, Camille Locht est interrompu par son homologue:
“Si  je peux être provocateur, est-ce que l’on ne devrait pas faire cette étude en Afrique, où il n’y a pas de masques, pas de traitement, pas de réanimation ?“, lance Jean-Paul Mira, avant d’enchaîner “un peu comme c’est fait d’ailleurs pour certaines études, dont le sida? Ou chez les prostituées, on essaye des choses parce qu’on sait qu’elles sont hautement exposées et elles se protègent pas. Qu’est-ce que vous en pensez?“.

Ce à quoi son interlocuteur, Camille Locht, lui répond : «Vous avez raison, on est d’ailleurs en train de réfléchir à une étude en parallèle en Afrique». Un appel d’offre est en cours.
L’Inserm, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale en France, a réagi sur Twitter face à cette polémique.

Pour l’autorité, il s’agit ici d’une “mauvaise interprétation” des propos. Confirmant qu’une réflexion est bien en cours concernant un possible déploiement en Afrique, l’Inserm assure que cela “se ferait en parallèle” des essais réalisés en Europe.

Ainsi alors que l’Espagne, la France  et l’Italie sont touts les trois à plus de 24 000 morts et 250 000 infectées, c’est, naturellement s’entendant aux yeux des chercheurs français, vers l’Afrique, la partie du monde la moins touchée selon les statistiques (5 400 cas confirmés dans 49 pays pour 131 décès) qu’il faut aller tester ce nouveau vaccin.

Les intervenants sur le plateau ont tous approuvés de cette banalité et il semble que beaucoup de pays africains, approchés, ont donné leur accord. La vague d’indignation qui gronde sur la toile poussera sans doute les auteurs du projet à le revêtir d’une certaine diplomatie. L’on nous dit aux dernières nouvelles que le test sera fait parallèlement en Europe et en Afrique.

En dépit du démenti (très partiel) de l’Inserm, qui parle de “vidéo tronquée” et de “fake news”, les propos choquants de ses  chercheurs ont provoqué des réactions unanimes un peu partout sur le continent.

“Il est inconcevable que nous continuons à accepter ceci. L’Afrique n’est pas un laboratoire. Je dénonce vivement ces propos graves, racistes et méprisants !”, a réagi Didier Drogba, légende du football ivoirien, qui prenait la balle au rebond après les condamnations du camerounais Samuel Etoo. L’activiste Kemi Seba, dirigeant de l’ONG Urgence Panafricaniste, a condamné ses propos et donné le point de départ d’une campagne contre ce vaccin.

Les propos des deux chercheurs relèvent d’une vieille approche de l’Afrique qu’il faut aider en lui administrant un peu de mal pour son bien.

D’ailleurs un chroniqueur, Jean-Michel Maire, dans une émission diffusée jeudi 2 avril 2020, de Cyril Hanouna et ses chroniqueurs” déclare tout de go: “je suis désolé, c’est peut-être du cynisme complet, mais quelle autre solution on a pour aider l’Afrique ?”

Face à ses camarades outrés par ses propos, il continue : “Jimmy Mohamed, je l’adore, mais il dit qu’on peut leur envoyer des masques. On en a pas assez pour nous déjà, on as pas assez de respirateurs en France, on va pas en envoyer en Afrique. (…) On n’est pas en train de tester des rouges à lèvres, on est en train de tester quelque chose qui peut les sauver”.

A noter que quatre jours avant la polémique, le président de l’Ordre national des pharmaciens du Sénégal (ONPS), Amath Niang, invitait les autorités politiques et religieuses ainsi que les chefs de famille à faire preuve de prudence à propos du vaccin contre le coronavirus.

“L’Afrique  n’acceptera jamais d’être le cobaye de qui que ce soit pour le test d’un produit sur sa population’’, a poursuivi le pharmacien, invoquant le bon sens : “les cas sont plus nombreux ailleurs. Pourquoi ne pas envisager le test là où la pandémie fait des dégâts ?’’

En attendant, l’Afrique continue d’être le cobaye idéal de l’industrie pharmaceutique. En ce moment même, GlaxoSmithKline, l’un des géants de l’industrie pharmaceutique, développe des essais cliniques pour un vaccin sensé réduire de 40% le risque de contracter le paludisme chez les enfants.

Ce  projet pilote qui se déroule au Ghana, au Kenya et au Malawi, sous la coordination de l’Organisation mondiale de la santé (Oms), est contesté car beaucoup d’observateurs estiment que les parents ne sont pas suffisamment informés des risques liés.

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