LUTTE CONTRE LE TERRORISME : Le Sénégal a-t-il intérêt à intégrer le G5 Sahel ?

Le sommet de N’Djamena vient de se clore à ce mardi avec la ferme volonté des Etats du G5 Sahel, c’est-à-dire la Mauritanie, le Niger, le Mali, le Burkina Faso et le Tchad, en collaboration avec la France, d’accentuer la lutte contre le terrorisme.

Le Président français Emmanuel Macron qui y a participé par visioconférence, a parlé de ‘’décapiter’’ les terroristes dans son intervention musclée et au ton guerrier.

Le Tchad qui assure la présidence du G5 va envoyer 1200 militaires supplémentaires dans la zone des trois frontières entre le Niger, le Mali et le Burkina Faso, là où les terroristes agissent le plus souvent et se cachent pour des opérations ciblées contre des militaires ou des civils.

Cette année, pour la première fois sans doute, le Sénégal a été invité à participer au sommet aux côtés du président ghanéen, du Premier Ministre marocain et bien d’autres personnalités.

Macky Sall ne voulait pas venir les mains vides. Invité par le Président mauritanien, Ghaouzani, il a versé un milliards de nos francs à titre de soutien et de solidarité à ses frères.

Ici, à Dakar, on ne s’est pas manqué de nous demander si notre pays n’aspirait pas, en fait, à intégrer le G5 Sahel comme l’ancien Ministre des affaires étrangères Cheikh Tidiane Gadio l’avait suggéré à un moment donné avec d’autres pays de la sous-région, bien sûr ?

Une question d’autant plus légitime que le terrorisme frappe à nos portes et que donc, nous ne sommes nullement à l’abri.

Toutefois, interrogée sur la question le docteur Adjaratou Wakha Aïdara Ndiaye de l’Ong Partners West Africa Senegal, une spécialiste des questions géopolitiques et sécuritaires, a fait savoir qu’elle ne pense pas que ce serait la bonne stratégie pour notre pays.

Elle soutient que le Sénégal pourrait à la limite se contenter d’un statut d’observateur et non intégrer complètement le G5.

Nous estimons en effet que la menace terroriste à laquelle nous sommes confrontés n’a pas la même dimension que celle qui sévit chez nos voisins, dans des pays amis comme le Mali, le Niger et le Burkina Faso.

Notre pays est loin de la zone des trois frontières et notre engagement dans le cadre du G5 Sahel signifierait la levée de troupes pour des opérations sur le terrain. Un coût lourd en matière financier, humain et matériel.

Or, les Jambars sont déjà engagés au Mali dans le cadre de la Minusma. Et ils sont plus de mille à œuvrer pour le retour de la paix au Mali.

Nous trouvons que c’est déjà assez bien et si nous devons nous engager davantage, ce serait au niveau onusien et non dans le cadre du G5 Sahel qui, comme le souligne le Docteur Ndiaye, ‘’n’est pas opérationnel’’.

Mieux, les Français, fer de lance de ces opérations qui ont engrangé des succès l’année dernière, désirent se retirer pour ne pas vivre le spectre des militaires américains en Afghanistan.

Cette zone du Sahel est devenue une sorte de bourbier pour les pays qui s’y engagent. Le terrorisme se présente comme ce serpent à plusieurs têtes. Dès que l’on en coupe une, une autre apparait.

Il est important dès lors d’y réfléchir à deux fois avant de s’engager dans une quelconque forme d’entrée dans cette entité même si avec l’arrivée du Maréchal Idriss Déby Itno, c’est moins évident que le G5 Sahel s’ouvre. Le Président tchadien désire être incontournable sur le plan militaire et verrait d’un mauvais œil cette main-tendue.

En tout état de cause, les pères fondateurs du G5 l’avaient limité à cinq Etats, ceux qui sans doute étaient les plus menacés. Ils sont compris que l’union fait la force avec cette nuance que l’ennemi à combattre est invisible et imprévisible.

C’est pourquoi les opérations militaires classiques sont certes inévitables mais pas suffisantes. Il faut couper le mal à la racine par des discussions avec tout le monde et éviter le rapport de force systématique.

Ces discussions pourront permettre d’aboutir à des compromis devant déboucher sur la prise en compte des intérêts des uns et des autres dans la répartition des postes de responsabilité et dans les projets au développement.

C’est la seule issue à long terme de cette situation qui menace dangereusement l’existence de nombreux Etats.

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